Pourquoi détester platon ?

Etienne Chouard prétend ici que Platon n’a écrit QUE des ouvrages anti-démocratie. C’est évidement faux. Inutile de préciser que la philosophie de Platon est vaste et aborde tout un panel de thématiques variées comme l’amour, l’amitié, la justice, la musique … un lycéen confirmerait.

Notons simplement que ce procédé rhétorique est réducteur et douteux.

 

 Nous épargnerons à nos lecteurs les innombrables extraits hostiles à l’égard de Platon mais nous tacherons ici de comprendre pourquoi il gène le jeu idéologique d’Etienne Chouard.

Dans le livre VIII de « La République » Platon aborde les différents régimes de gouvernance et tente d’expliquer la mécanique qui les fait découler chacune l’une de l’autre. Nous tacherons de l’interpréter comme ceci :

Aristocratie : (ou royauté) Le gouvernement d’un ou des hommes les meilleurs, motivés par le devoir à l’égard d’autrui, le bien commun et la vertu avec un regard responsable sur les siècles à venir et passés. C’est selon Platon « la cité idéale ».

Timocratie : Cet état idéal de l’aristocratie dégénère lorsque les aristocrates deviennent motivés par les honneurs et l’ambition. Les hommes de pouvoir deviennent motivés par la gloire et un peu moins par le bien commun.

Oligarchie : Guidés de plus en plus par les désirs et les honneurs, les timocrates deviennent oligarques. L’honneur lié à la richesse prime désormais sur les honneurs militaires et de bien commun. Le pouvoir dégénère car certains se ruinent auprès des marchands dans l’incapacité à refreiner leurs désirs. Les oligarques compensent en devenant plus rudes vis-à-vis des pauvres.

Démocratie : Transition des désirs liés à une caste vers l’ensemble de la population. Les marchands instrumentalisent la colère des pauvres pour rentrer dans les sphères du pouvoir affaibli et décadent. Les citoyens s’enrichissent ou se ruinent par le commerce et l’usure. De plus en plus de riches mais aussi de pauvres se font spolier. Mise en place d’un « gouvernement de l’opinion » populaire qui sert de consensus dans la gestion des innombrables troubles causées par la situation et les luttes intestines.

Tyrannie : Devant l’incapacité à gérer la crise, la cité démocratique devient une tyrannie. Lorsque l’accroissement de la pauvreté et la violence deviennent insupportable et lorsque les institutions fragiles et peu réactives de la démocratie se révèlent inefficaces, alors le peuple appelle de ses vœux un homme providentiel ou des institutions fortes. (Dans le cas d’Athènes cela s’est traduit par une invasion militaire probablement parce que  la cité a négligé la défense au profit du commerce.)

 Nous avons vu dans les articles précédant que le scénario d’un printemps démocratique français est tout à fait envisageable. Surtout depuis que le Front de Gauche est enfin rentré dans le jeu et appelle à faire modifier la constitution. La section du département 73 appelle même maintenant à abandonner le système des élections et le remplacer par le système du tirage au sort. Les conférences et ateliers d’éducation populaires abordant cette thématique fleurissent. Est-il bon à l’aube d’une crise systémique  de doter la nation d’institutions fragiles et à la merci de la manipulation populiste ? Quelles peuvent être les motivations ?

Sans trop s’avancer on peut imaginer qu’une fenêtre de tir pour les communistes est en train de s’ouvrir. La politique actuelle a fait de l’égalitarisme son chantier principal. Mener une révolution sociétale de ce type à son terme permettrait d’abandonner la gestion et la responsabilité des conséquences produites par la situation actuelle. Avec une démocratie « à la Chouard », n’en doutons pas, tout serait horizontalisé. Devant l’incapacité d’un tel régime à résoudre l’appauvrissement et les violences généralisés ; à bout de souffle ; le peuple français serai alors tenté d’appeler de ses vœux de nouvelles institutions fortes ou un homme providentiel. Ce qui contenterait assurément les communistes mondialistes dont Etienne Chouard fait probablement partie (nous y reviendrons).

Platon disait que le fils du démocrate, c’est le tyran, quelqu’un qui a plus de désirs que les autres qui les convainc qu’il va réaliser leurs désirs mais une fois au pouvoir, qui va terroriser ceux qui l’ont porté au pouvoir.

L’étape ultime de la décadence politique est la tyrannie. Le futur tyran est un démagogue qui se propose de protéger le peuple. Il se crée une clientèle en proposant l’abolition des dettes, le partage des terres, l’exil ou la mise à mort des riches. Il se construit une garde personnelle, et opère un coup d’Etat. Il séduit et rassure tant que son pouvoir est mal assuré, puis impose ses décisions par la violence quand son pouvoir est confirmé. Il élimine l’élite intellectuelle, et tous ceux qui ne sont pas des suppôts de son pouvoir. Quand le peuple se révolte, il faut instaurer une terreur généralisée.

Terreur qui est entre guillemets défendue par Etienne Chouard dans le cadre de la révolution française et sa détestable apologie de Robespierre. Nous y reviendront dans un prochain article.

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4 Commentaires

  1. jbE

    Vous croyez critiquer Chouard en mettant vos interprétations de la République de Platon mais malheureusement si vous l’aviez lu vous sauriez que Platon désigne par démocratie et pour seule démocratie les régimes qui appliquent le tirage au sort.

    Voici la citation de l’auteur que vous n’avez pas lu: « La démocratie advient quand les pauvres sont vainqueurs de leurs adversaires, qu’ils en tuent une partie et en exilent l’autre et qu’ils partagent à égalité entre le reste de la population l’administration et les charges, et les magistratures y sont le plus souvent attribuées par des tirages au sort » Platon République VIII

    • daiomai

      Grande culture jbe!!
      Si vous aviez lu mon article vous auriez lu qu’il s’agit d’une interprétation.
      Je vous invite donc a discuter de mon interprétation et non de votre copié-collé trouvé sur le net. Car voyez vous, j’en sort de La république, alors je serai intéressé d’en débattre. Mais voyez vous,votre réaction typiquement pavlovienne des consommateurs de prêt a penser internet me fait douter que vous en soyez capable.
      De plus en ce qui concerne l’extrait de Chouard, maintenez vous que Platon n’a écris que des livres contre la démocratie? Si oui, vous êtes soit un beni ouioui soit un ignorant de plus qui compose son parterre de fans

  2. Benoit

    « Pourquoi détester platon ? »

    Peut-être parce que sa cité « idéale » ressemble fort au « meilleur des mondes » d’Aldous Huxley.

    La République, livre v :

    « -Il faut, selon nos principes, rendre les rapports très fréquents entre les hommes et les femmes d’élite, et très rares, au contraire, entre les sujets inférieurs de l’un et de l’autre sexe; de plus, il faut élever les enfants des premiers et non ceux des seconds, si l’on veut que le troupeau atteigne à la plus haute perfection; et toutes ces mesures devront rester cachées, sauf aux magistrats, pour que la troupe des gardiens soit, autant que possible, exempte de discorde.

    -Très bien.

    -Donc, nous instituerons des fêtes, où nous rassemblerons fiancés et fiancées, avec accompagnement de sacrifices et d’hymnes que nos poètes composeront en l’honneur des mariages célébrés. Pour ce qui est du nombre des mariages, nous laisserons aux magistrats le soin de le régler de telle sorte qu’ils maintiennent le même nombre d’hommes — eu égard aux pertes causées par la guerre, les maladies et autres accidents — et que notre cité, dans la mesure du possible, ne s’agrandisse ni ne diminue.

    -Bien, dit-il.

    -Nous organiserons, j’imagine, quelque ingénieux tirage au sort, afin que les sujets médiocres qui se trouveront écartés accusent, à chaque union, la fortune et non les magistrats.

    -Parfaitement.

    -Quant aux jeunes gens qui se seront signalés à la guerre ou ailleurs, nous leur accorderons, entre autres privilèges et récompenses, une plus large liberté de s’unir aux femmes, pour qu’il y ait prétexte à ce que la plupart des enfants soient engendrés par eux.

    -Tu as raison.

    -Les enfants, à mesure qu’ils naîtront, seront remis entre les mains de personnes chargées d’en prendre soin, hommes, femmes, ou bien hommes et femmes réunis ; car les charges sont communes à l’un et à l’autre sexe.

    -Oui.

    -Ces préposés porteront les enfants des sujets d’élite au bercail, et les confieront à des nourrices habitant à part dans un quartier de la ville. Pour les enfants des sujets inférieurs, et même ceux des autres qui auraient quelque difformité, il les cacheront en un lieu interdit et secret * , comme il convient.

    -… Si l’on veut conserver sa pureté à la race des gardiens, ajouta-t-il.

    -Ils veilleront aussi à la nourriture des enfants, conduiront les mères au bercail, à l’époque où leurs seins se gonflent de lait, et mettront en œuvre tous les moyens possibles pour qu’aucune d’elles ne reconnaisse sa progéniture. Si les mères ne suffisent pas à l’allaitement ils se procureront d’autres femmes pour cet office. »

    * De ce passage et de deux autres du même livre (459 d, 461 b-c), il résulte que Platon considérait l’infanticide comme légitime dans certains cas déterminés. Sans doute, nulle part il ne s’explique ouvertement sur cette délicate question : mais la retenue qu’il observe, les périphrases dont il use, n’ont d’autre but que de jeter un voile de décence sur une pratique qu’au fond il jugeait peut-être brutale.

    Aristote (Polit. H, 16. 1335 b 19 sqq.) préconise, plus explicitement que Platon, les pratiques d’exposition et d’avortement : d’une part pour faire disparaître les sujets difformes, d’autre part pour maintenir à peu près invariable le nombre des enfants dans la cité : « Pour ce qui est des enfants à élever et de ceux à exposer, qu’une loi interdise de nourrir tout être difforme; et si les mœurs répugnent à l’exposition, et que le nombre des enfants soit en excès (ce nombre doit être limité) il faut, lorsque certains couples sont trop féconds, provoquer l’avortement avant que n’apparaisse dans le fœtus le sentiment et la vie. Le caractère licite ou illicite de cette pratique dépend en effet de l’apparition du sentiment et de la vie. »

    « Les hommes ont deux mobiles principaux de sollicitude et d’amour : la propriété et les affections ; or il n’y a place ni pour l’un ni pour l’autre de ces sentiments dans une cité ainsi organisée. » commente Aristote à propos de La République.

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